Le Donjon de Day – Neuville-Day (08)

Présentation technique et historique

Le Donjon de Day est un donjon circulaire de plan semi-hors-sol adossé à une motte, situé sur le hameau de Day, commune de Neuville‑Day (Ardennes). Datant vraisemblablement de la première moitié du XIIIᵉ siècle (vers 1243), il constitue un remarquable exemple de l’architecture militaire médiévale en donjon sur motte.

Le lourd cylindre en pierre s’élève sur trois niveaux de salles voûtées : un rez-de-chaussée probablement utilitaire, un premier étage voûté en ogive à sept nervures avec une cheminée aux armes Bohan‑Ligneville, et un dernier niveau sous charpente. L’ensemble est pourvu de canonnières et meurtrières, et sur son côté trône une tourelle à escalier en vis coiffée d’un toit « cloche », adossée à une partie résidentielle coiffée à la Mansart.

Inscrit aux Monuments Historiques depuis 1987, ce vestige est propriété privée et n’est pas ouvert à la visite, bien qu’il soit facilement visible depuis la voie publique.


Chronologie inversée des propriétaires

  • Depuis 1984, restauration par M. Fabrega (propriétaire actuel).
  • Avant cela, ruiné après un incendie au XVIIIᵉ s., vendu en 1828 aux Guilly, puis à Jean‑Baptiste Capitaine (1868), Louis puis Camille Gilles, dont la veuve fouilla les lieux en vain au sujet d’un supposé trésor.
  • Au XVIIᵉ s., propriété du maréchal Schulemberg, puis de Marie d’Estoquoy, puis des comtes d’Ancelet.
  • Vers 1430, rachat et réfection par les Bohan qui en gardent la demeure deux siècles.
  • Fondé probablement vers 1243 par Sigebaud, compagnon de Saint‑Louis, son édification marque la première phase de l’édifice.

Aspects techniques du bâti

  • Fonction défensive : structure circulaire favorise la résistance aux projectiles, meurtrières judicieusement positionnées.
  • Voûte ogivale à sept nervures : démonstration du savoir-faire gothique au XIIIᵉ s.
  • Cheminée à manteau armorié : symbole de pouvoir et d’acceptation seigneuriale (Bohan/Ligneville).
  • Escalier en vis : linteau de circulation vertical dans une tourelle, technique du Moyen Âge.
  • Toits en cloche & à la Mansart : intégration de références stylistiques postérieures, Renaissance et XVIIᵉ s.

Selon la tradition locale transmise oralement dans le hameau de Day, Régina, jeune nièce d’un seigneur du nom de Fodebert, aurait été enfermée vivante dans le donjon. Le motif ? Fodebert, jaloux du retour de son rival de croisade, voulait la marier de force à son propre fils afin de s’assurer le contrôle du domaine.

Mais Régina était promise de cœur à Ingebrand, un chevalier parti en Terre sainte avec l’espoir de revenir la retrouver. Lorsque ce dernier revint, il apprit le sort funeste réservé à sa bien-aimée : celle-ci languissait dans une pièce sombre et humide du donjon, cachée derrière des murs épais, surveillée nuit et jour.

La suite de l’histoire, selon la légende, est digne d’une tragédie.

Ingebrand, dans une nuit de colère mêlée d’amour, se serait infiltré dans la tour. Il aurait libéré Régina, affronté Fodebert en duel et l’aurait tué d’un coup d’épée au sommet de l’escalier en colimaçon, à l’endroit même où la lumière filtre faiblement depuis la lucarne orientée vers la vallée.


👻 Une présence qui résiste au temps

Depuis cet épisode, racontent les anciens du village, des sons étranges s’échappent du haut du donjon lorsque l’orage gronde ou que la lune est pleine. Gémissements ? Soupirs d’amour éternel ? Ou peut-être cris étouffés par la pierre ? Certains parlent de grattements sur les murs intérieurs, comme si une main cherchait encore à échapper à la geôle séculaire.

Un garde-champêtre du début du XXᵉ siècle aurait refusé de passer la nuit dans la maison attenante, jurant avoir entendu des pas circulaires dans l’escalier en spirale, toujours réguliers, toujours montants, mais jamais redescendants.

D’autres témoignages, bien plus récents, parlent de brumes légères flottant au sommet, là où la tourelle d’escalier offre encore un point d’observation. Une femme, lors d’un pique-nique dans les années 1970, aurait aperçu une silhouette blanche traverser le mur de la tour au coucher du soleil. Elle affirma avoir entendu une voix féminine murmurer : « Ingebrand, reviens-moi… »

Les rationalistes évoquent des courants d’air dans l’ancienne cage d’escalier, des réverbérations dues à la géométrie en spirale, ou même des hallucinations auditives. Mais pour beaucoup d’habitants de Neuville‑Day, ces phénomènes ont une explication unique : l’âme de Régina n’a jamais trouvé la paix.

Le fait que le donjon ait été laissé à l’abandon pendant près de deux siècles n’a fait qu’alimenter le mystère. Sans cloches, sans prières, sans cérémonies religieuses, les murs ont gardé le silence du drame, mais non son empreinte.

Légendes liées au donjon

  1. Enfermement de Régina : Fodebert aurait séquestré sa nièce sous la tourelle pour la contraindre à épouser son fils. À son retour de croisade, Ingebrand libère Régina et tue Fodebert. Son esprit hanterait le sommet.
  2. Jalousie de Bucelin : sa femme enfermé jusqu’à sa mort, évoquant le drame lié à François de Wignacourt (1579).
  3. Passage souterrain : un vestige voûté laisserait soupçonner une liaison avec un autre château, mais aucune arête confirmée .
  4. Recherches de trésor : fouilles menées par Mathilde Gilles au début du XXᵉ s., sans trouvailles.

Compléments documentaires

  • Il est habituellement visible lors des Journées du Patrimoine, inclu dans un circuit local autour de sites remarquables tels que le prieuré de la Cense du Mont‑Dieu.
  • Classifiant comme l’un des plus beaux témoignages de fortification médiévale dans les Crêtes Pré‑ardennaises.
  • L’évolution toponymique du village (Day, 1790, puis fusion en Neuville‑Day en 1791) enrichit la contextualisation patrimoniale.

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