La château hanté du Morimont – Oberlag (68)

Le château du Morimont, implanté au-dessus d’Oberlarg dans le Sundgau, occupe un promontoire calcaire dominant la vallée. Ses ruines, organisées autour d’un ensemble défensif trapézoïdal, représentent l’un des exemples les plus emblématiques de fortification alsacienne modernisée à l’époque de l’artillerie. Malgré ses murs fragmentés et ses tours partiellement effondrées, l’ensemble conserve une empreinte architecturale significative, notamment grâce à son logis nord dépassant les cinquante mètres et à sa cave voûtée de grande longueur.

Origines, évolutions et effondrement militaire

Édifié dès le XIIᵉ siècle, le château subit au fil des siècles des réorganisations successives destinées à renforcer sa capacité défensive. Un séisme majeur entraîne d’importants dégâts à la fin du Moyen Âge, contraignant ses propriétaires à moderniser fortement l’enceinte. Aux XVe et XVIe siècles, sept tours d’artillerie sont intégrées aux remparts, accompagnées de canonnières horizontales et de casemates voûtées, adaptées à l’usage des armes à feu.

Malgré ces renforcements, le site n’échappe pas aux conflits continentaux. Pendant la guerre de Trente Ans, il est occupé par différentes forces avant d’être finalement démantelé et laissé à l’abandon.

Devenir du site après sa destruction

Une succession de propriétaires se partage ensuite les ruines, certaines parties étant exploitées comme réserve de matériaux, ce qui accélère l’état de dégradation. Au XIXᵉ siècle, des travaux de consolidation partiels tentent de stabiliser les zones les plus fragiles. Aujourd’hui, certaines sections du château sont fermées pour des raisons de sécurité, tandis que d’autres sont accessibles via un cheminement balisé. Des associations locales interviennent régulièrement pour limiter les risques d’effondrement et préserver les structures résiduelles.


Légendes locales : fée aquatique, sceau invisible et disparition mystérieuse

Le Morimont a longtemps alimenté l’imaginaire populaire grâce à plusieurs récits surnaturels profondément enracinés dans la tradition orale.

La légende de Mathilde et de l’ondine

Selon une tradition ancienne, un petit lac situé au sud-ouest du château aurait été l’habitat d’une ondine, parfois qualifiée de « fée des eaux ». La légende rapporte qu’une femme enceinte, épouse du seigneur du château, aurait rencontré cette entité surnaturelle. Séduite par l’enfant à naître, l’ondine en serait devenue la marraine.

Lors du baptême, la créature se serait présentée avec un cadeau déroutant : une simple pomme. Ce fruit, décrit comme magique, aurait permis à la petite Mathilde de formuler trois vœux et de se rendre invisible à volonté. Grâce à cette capacité, la jeune fille aurait revêtu une robe somptueuse pour assister anonymement à un bal donné par un chevalier. Après y être retournée une seconde fois, consciente d’avoir dissimulé son identité, elle aurait préféré disparaître définitivement à l’aide du pouvoir du fruit. Cette histoire, mêlant invisibilité, pouvoir surnaturel et disparition, contribue fortement à la réputation mystérieuse du Morimont.

Le « Serment de Morimont » : un épisode politique discret mais majeur

Outre les récits fantastiques, le site a également servi de cadre à un événement historique déterminant. Le 31 juillet 1826, quatre militants indépendantistes du Jura se réunissent secrètement dans les ruines pour prêter un engagement solennel : mettre fin à la domination bernoise et soutenir la création d’une entité politique autonome. Ce serment devient un symbole majeur pour la population jurassienne. Ce n’est qu’en 1979 que le canton du Jura sera officiellement constitué, concrétisant l’un des objectifs évoqués lors de cette rencontre clandestine.


Le Graal et le Morimont : une théorie persistante

Une autre légende, plus récente mais extrêmement persistante, concerne la présence supposée du Graal au sein du château. Cette hypothèse, développée et amplifiée au cours des dernières décennies, repose sur plusieurs éléments symboliques et interprétations littéraires.

Certains passionnés rappellent que l’un des auteurs médiévaux ayant fortement contribué à la diffusion du cycle du Graal, le chevalier Robert de Boron, est originaire d’un secteur géographiquement proche du Morimont. Dans ses textes, il décrit notamment le séjour du Saint Calice dans un lieu nommé Glastonbury, terme signifiant « colline au milieu des marais ». Or, la traduction originelle du nom du château — Moersberg — présenterait une équivalence linguistique avec cette idée de colline isolée dans un environnement humide, ce qui alimente les spéculations.

Une autre interprétation suggère que certains passages littéraires, relatant une rencontre entre Perceval et un mystérieux gardien du Calice, contiendraient des indices pouvant renvoyer au Morimont. L’absence totale de fouilles sur le site nourrit encore davantage l’imaginaire des chercheurs amateurs, convaincus que les ruines pourraient encore dissimuler un artefact majeur du patrimoine spirituel occidental.

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