La chapelle Saint-Martin ou de Burnkirch d’Illfurth : entre vestige médiéval et légendes de possession
Située dans le Haut-Rhin, la chapelle — ou plutôt l’ancienne église Saint-Martin d’Illfurth — constitue l’un des rares témoins du patrimoine religieux médiéval du village. Si aujourd’hui il n’en subsiste que la tour-chœur transformée en dépôt communal, ce lieu concentre à lui seul une charge historique, spirituelle et légendaire qui dépasse largement le cadre local.
Un édifice pluriséculaire
La première construction remonte au tournant des XIIIᵉ et XIVᵉ siècles. La tour-chœur, encore visible, présente une architecture gothique sobre, voûtée d’ogives, avec des fragments de peintures murales du XVe siècle. Au XVIIIᵉ siècle, l’église fut profondément remaniée : la nef d’origine fut détruite et remplacée par une nouvelle structure en 1742. Celle-ci, trop vétuste un siècle plus tard, fut elle-même démolie dans les années 1970, ne laissant subsister que la tour médiévale, classée aujourd’hui au titre des monuments historiques.
Cette réduction de l’édifice traduit un changement d’usage : de cœur paroissial, l’église Saint-Martin est devenue simple dépôt communal. Pendant ce temps, la communauté villageoise construisait une nouvelle église moderne, toujours en service, à l’image de l’évolution des pratiques cultuelles et du paysage religieux local.
Les possédés d’Illfurth : un épisode documenté
L’histoire d’Illfurth est marquée par une affaire qui fit grand bruit au XIXᵉ siècle : celle des possédés d’Illfurth. Deux enfants du village, Thiébaut et Joseph Bürner, furent déclarés « possédés par des forces démoniaques ». Leurs crises, convulsions et comportements jugés inexplicables attirèrent rapidement l’attention du clergé. Des rituels d’exorcisme, menés par le prêtre Souquat, furent alors réalisés.
Ces cérémonies eurent lieu dans la chapelle du Burnkirch, autre édifice sacré d’Illfurth, où les archives font état de manifestations violentes : cris, résistances aux objets sacrés, réactions extrêmes à l’eau bénite. Contrairement à de nombreuses légendes locales, ces événements sont réellement documentés et ont nourri l’imaginaire religieux et populaire bien au-delà de l’Alsace.
Mémoire contemporaine et réinterprétations
Plus de 150 ans après, cet épisode continue d’alimenter récits et créations. En 2021, le comédien Lionel Lingelser, natif d’Illfurth, en a fait un spectacle théâtral à succès intitulé Les Possédés d’Illfurth, où il revisite avec intensité et précision l’histoire de ces enfants et de leur environnement social.
La curiosité persiste aussi du côté des passionnés de paranormal. Les vidéastes alsaciens connus sous le nom de Frères Opak ont obtenu l’autorisation exceptionnelle de passer une nuit entière dans la chapelle d’Illfurth. Leur témoignage rapporte des bruits et phénomènes acoustiques étranges, venus troubler le silence apparent du lieu. Ce type d’exploration renforce l’aura mystérieuse de l’endroit, nourrissant la réputation de site hanté.
Un patrimoine à double visage
Aujourd’hui, l’ancienne église Saint-Martin d’Illfurth n’est plus un lieu de culte mais un vestige architectural protégé. Elle incarne à la fois la mémoire d’un patrimoine médiéval et le souvenir d’un épisode de possession qui a marqué durablement l’imaginaire local. Entre conservation patrimoniale et fascination pour le paranormal, la chapelle reste un point de convergence pour historiens, croyants et amateurs de phénomènes inexpliqués.
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