Le Château de Brancion – Martailly-lès-Brancion (71)

🏰 Contexte historique du Château de Brancion

Le Château de Brancion s’élève sur un éperon rocheux dominant la commune de Martailly-lès-Brancion, en Saône-et-Loire.
L’édifice, de tradition féodale, prend forme au début du XIIᵉ siècle, lorsque la puissante famille des Brancion le dote d’un donjon quadrangulaire.
Cet ouvrage défensif, coiffé de mâchicoulis et flanqué de tours de guet, symbolise l’autorité seigneuriale dans la région.
Aux alentours de 1135, Bernard II Gros, dit « le Preux », hérite de la seigneurie et entreprend l’organisation du domaine.
Les sources historiques mentionnent son départ pour la Croisade en Terre sainte, mission confiée par le roi de France afin de garantir la sécurité du tombeau du Christ.
Le château, alors agencé autour d’un chemin de ronde, d’une enceinte fortifiée et d’une chapelle romane, constitue un point stratégique sur la voie reliant Mâcon à Besançon.
Au XIVᵉ siècle, le complexe subit des remaniements consécutifs à l’affirmation du pouvoir bourguignon, notamment lors de l’occupation par Philippe le Bon.
Durant la Guerre de Cent Ans, le site conserve sa vocation militaire, notamment grâce à l’entretien de ses fossés et de ses courtines.
Les vestiges actuels révèlent une architecture à la fois sobre et pragmatique, avec des murs épais, un chemin de ronde accessible, et une salle seigneuriale voûtée.

⚔️ Le drame d’Ermeline

Aux yeux des chroniqueurs locaux, la légende d’Ermeline incarne le principal événement tragique ayant marqué l’histoire du château.
Selon la tradition orale, la jeune femme, épouse de Bernard le Preux, reste au château avec leurs huit enfants lorsque son mari prend la route pour Jérusalem en 1135.
Sa dévotion familiale, son rang social et l’ampleur de la forteresse donnent à ce drame une dimension à la fois privée et institutionnelle.
Durant les premiers mois, Ermeline tente de maintenir un semblant de normalité, veillant à l’éducation de ses enfants et à la gestion coutumière du domaine.
Les récits mentionnent qu’elle se rend fréquemment au sommet du donjon, scrutant l’horizon dans l’espoir d’apercevoir le retour de son époux, en vain.
Un an après le départ de Bernard, la rumeur commence à enfler : certains croisés parlent de défaites, d’autres rapportent la noyade de navires en route pour la Terre sainte.
Le Preux tarde à revenir, et l’angoisse d’Ermeline se mue en solitude profonde.
Elle confie la protection de sa personne et de ses enfants à Foulques, l’écuyer de confiance de Bernard, mais leur relation reste tendue en raison de l’antipathie réciproque.
Un après-midi d’été, en 1136, Ermeline se rend dans le bois attenant au château.
C’est là qu’elle rencontre un jeune peintre, Eulalius, mandaté pour réaliser des fresques dans l’église voisine de Chapaize.
Les chroniques locales mentionnent qu’Eulalius, âgé d’une vingtaine d’années, arbore une démarche gracieuse, un visage fin et un regard pénétrant.
Au fil des entretiens, Ermeline confie sa tristesse, ses doutes quant au sort de Bernard, et ses craintes face à l’avenir de sa fratrie.
Le peintre, sensible à l’état d’âme de la dame, propose une oreille attentive et un lectorat tacite de ses angoisses.
L’atmosphère se charge d’une tension éthérée lorsque la relation, initialement platonique, glisse vers l’intimité : la dame, en proie à un besoin affectif, consent à une liaison charnelle dans l’ombre des ifs et des érables.
Les historiens s’accordent à dire qu’Eulalius utilise une porte dérobée du logis seigneurial pour rejoindre Ermeline, tandis que le château, surveillé par Foulques, semble sombrer dans un certain laisser-aller.
Les servantes et les dames de compagnie, soumises aux ombres nocturnes, entendent les pas feutrés de la dame et du fresquiste, mais craignent de s’avouer la nature véritable de ces rendez-vous.
Lorsque la liaison devient plus manifeste, une servante finit par surprendre Eulalius en train de quitter les appartements de la châtelaine avant l’aube.
Elle transmet l’information à Foulques, qui entretient depuis longtemps un ressentiment contre Ermeline : il la juge indigne de la mémoire seigneuriale et de la fidélité due à son époux.
Une nuit calme, alors qu’Ermeline et Eulalius partagent un instant de complicité dans la cour voûtée, Foulques surgit dans le dos du peintre.
Dans un élan de vengeance froide, il lui porte un coup fatal à l’aide de son épée d’écuyer, le blessant mortellement dans le bas-ventre.
La légende précise que le corps d’Eulalius, abandonné dans la cour, ne sera retrouvé qu’au petit matin par des enfants en quête de noisettes.
Ermeline, déchirée par le désespoir, s’effondre près du cadavre de l’amant et implore le ciel de lui rendre la vie de son compagnon.
Foulques ordonne l’inhumation immédiate, sans autorisation seigneuriale, contraignant la châtelaine à prier devant un simple tertre de terre.
Au lever du jour, Ermeline, résolue, fait ériger une croix du seigneur à l’endroit même où elle a rencontré Eulalius pour la première fois.
Quelques mois plus tard, en 1149, le retour de Bernard est confirmé par la réception d’une dépouille mortuaire expédiée depuis la Terre sainte : le Preux est tombé durant la bataille de Mansourah.
En apprenant la nouvelle, Ermeline, déjà rongée par le remords, se conforme à la coutume : devenue officiellement veuve, elle promet d’entrer au couvent.
Les moines de l’abbaye de Tournus la reçoivent en 1150, et elle y passe le reste de ses jours dans le silence, la prière et la pénitence.
L’ordre religieux l’autorise à visiter la Croix du seigneur lors des fêtes liturgiques, et de nombreux pèlerins rapportent ses larmes silencieuses au pied de la stèle.

👻 Manifestations et témoignages contemporains

Aux XXᵉ et XXIᵉ siècles, le Château de Brancion fait l’objet d’enquêtes paranormales, conduites par des associations spécialisées dans le recueil de phénomènes électriques, de thermographie infrarouge et d’enregistrements audio dits EVP (Electronic Voice Phenomena).
Plusieurs visiteurs rapportent des apparitions d’une silhouette féminine vêtue de blanc, se mouvant dans les anciens corridors ou sur le chemin de ronde, en particulier les nuits où la pleine lune éclaire la vallée.
Des relevés thermiques mentionnent des baisses de température localisées, oscillant entre 5 °C et 8 °C, là où aucun courant d’air n’est détecté.
Certains témoignages font état de gémitements lointains, semblables à des lamentations, émis depuis la base du donjon, où le silence devrait régner à cette heure avancée de la nuit.
Dans les années 2000, une équipe de médiateurs paranormaux a installé des capteurs EMI (Electro-Magnetic Interference) : des pics de fluctuations fulgurantes ont été enregistrés à proximité de la Croix du seigneur, sans explication technique valable.
Des radioscopes portables ont capté de faibles ondes radio diffractées, qualifiées par les enquêteurs de « signatures spectrales », alignées chronologiquement avec les heures où des visiteurs prétendent voir la Dame Blanche.
Un historien local, Ludovic Peyron, publie en 2018 un rapport sur les archives médiévales du château, confirmant l’existence d’Ermeline et d’Eulalius ; il écarte cependant la notion de « fantôme », arguant que la mémoire collective a amplifié les fragments d’une histoire d’amour contrarié.
Malgré ces réserves académiques, la légende perdure : plusieurs touristes affirment avoir photographié, au détour d’un angle sombre, une forme translucide flottant près des remparts.
Des enregistrements vidéo, analysés à posteriori, montrent parfois de légers artefacts lumineux qui, bien que probablement dus à des reflets involontaires, entretiennent le climat de mystère.
Les médiateurs citent également des sons de pas gravitant dans des espaces vides, notamment dans la salle basse du donjon, aujourd’hui dépourvue de mobilier.

 

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