Dans la pittoresque région du Jutland du Nord, le château de Voergaard se dresse fièrement, témoin silencieux de siècles d’histoire mêlant grandeur architecturale et récits mystérieux. Cette imposante forteresse, entourée de douves paisibles, est réputée non seulement pour sa collection d’art exceptionnelle, mais aussi pour les légendes qui hantent ses murs.
L’histoire du château remonte au début du XVIe siècle, lorsque le chevalier Jakob Andersen en fit don au monastère de Børglum en 1510. Sous la direction de l’évêque Niels Stygge Krumpen, la propriété fut transformée en une forteresse dotée de solides défenses. Après la Réforme, en 1536, le château devint propriété de la Couronne danoise. C’est en 1578 que Karen Krabbe acquit le domaine, et sa fille, Ingeborg Skeel, en hérita par la suite. C’est sous l’impulsion d’Ingeborg que le château prit son apparence actuelle, avec l’ajout de l’aile est richement décorée entre 1587 et 1591.
Ingeborg Skeel, figure emblématique du château, était une femme d’affaires avisée et une propriétaire terrienne influente. Cependant, sa réputation auprès des habitants locaux était teintée de crainte et de superstitions. Des rumeurs la dépeignaient comme une femme avide et cruelle, certaines allégations suggérant même qu’elle était en pacte avec le diable. Parmi les légendes les plus persistantes, on raconte qu’elle aurait fait noyer l’architecte Philip Brandin dans les douves du château afin qu’il ne puisse jamais reproduire une œuvre aussi majestueuse que Voergaard. Bien que ces histoires soient dépourvues de preuves historiques, elles ont contribué à forger l’aura mystique du lieu.
Le château abrite également le tristement célèbre cachot connu sous le nom de « Rosedonten ». Cette cellule exiguë, dépourvue de lumière et d’air, est conçue de telle manière qu’un homme adulte ne peut ni s’y tenir debout ni s’y allonger complètement. Une ouverture dans le plafond permettait aux geôliers, situés deux étages plus haut, d’entendre les supplications des prisonniers. La légende veut que chaque nuit de la Saint-Sylvestre, une poignée de paille soit placée dans le cachot pour apaiser l’esprit tourmenté qui y résiderait.
Un autre mystère entoure la tour nord-est du château, où une tache sombre persiste sur le plancher. Selon la tradition, cette marque serait le résultat d’un meurtre ancien, le sang versé refusant de disparaître malgré les tentatives répétées pour le nettoyer ou le poncer. Lors de rénovations en 1997, la tache est réapparue, renforçant la croyance en son origine surnaturelle.
Malgré ces récits effrayants, il est important de noter qu’Ingeborg Skeel a également contribué positivement à la communauté locale. Elle a financé la construction d’un hôpital et d’une école pour les habitants de Sæby, témoignant d’une volonté d’améliorer les conditions de vie de ses contemporains.
Aujourd’hui, le château de Voergaard est ouvert au public, offrant aux visiteurs l’opportunité d’explorer ses salles richement décorées et d’admirer une collection d’art exceptionnelle, comprenant des œuvres de Goya, Rubens et El Greco.
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